© Richard Ying et Tangui Morlier

"Je proposerai que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle", déclarait en 2017 Emmanuel Macron, à peine élu. Depuis, ce mode de scrutin n'a jamais été instauré, mais ses défenseurs ne perdent pas espoir.
Alors qu'une proposition de loi visant à sauter le pas a été déposée en octobre 2025, sans qu'elle n'atterrisse encore dans l'hémicycle, plusieurs parlementaires issus de différentes formations politiques ont échangé à ce sujet mercredi, lors d'un colloque à l'Assemblée nationale.
"On a (un scrutin) majoritaire qui échoue", a constaté le chef des députés MoDem Marc Fesneau, se faisant l'écho d'un avis partagé par un panel rassemblant, entre autres l'ex- Première ministre macroniste Elisabeth Borne et l'ancien président socialiste François Hollande.
Celui qui a dirigé la France de 2012 à 2017 avec une majorité de gauche à l'Assemblée a estimé que la proportionnelle allait "permettre qu'il y ait une meilleure représentation". Car le scrutin majoritaire peut déformer le résultat en voix des élections législatives: en 2017, le camp macroniste avait obtenu 60% des sièges pour 49% des suffrages exprimés.
"Sur la table, mais pas en haut de la pile"
Depuis trois décennies, le patron du MoDem, François Bayrou, a fait de la proportionnelle son cheval de bataille. Il a soutenu en 2017 le candidat Emmanuel Macron, qui s'était engagé à réformer le mode de scrutin.
Quelques tergiversations plus tard, en 2020, Gabriel Attal, alors porte-parole du gouvernement, assurait que "le sujet (était) sur la table, mais pas en haut de la pile", dans un contexte de pandémie de Covid-19. Et de rappeler qu'une réforme avait bien été proposée en 2018, mais tuée dans l'œuf par l'opposition parlementaire.
Nommé Premier ministre en décembre 2024, François Bayrou a tenté de transformer l'essai. "J'ai essayé de convaincre toutes les forces politiques de l'Assemblée nationale", a-t-il raconté mercredi au terme du colloque.
"Nous n'y sommes pas arrivés parce qu'une des forces politiques qui était membre, soutien du gouvernement, a dit si tu fais ça on te censure", a-t-il regretté. Son ministre de l'Intérieur, le Républicain Bruno Retailleau, avait refusé de porter la réforme et mis dans la balance son maintien au gouvernement.
Après deux ans de chaos parlementaire, avec une Assemblée coupée en trois blocs depuis la dissolution de 2024, beaucoup espèrent après la prochaine présidentielle le retour à une majorité absolue au Palais Bourbon. Jordan Bardella en a même fait un argument de campagne sur le thème si le RN arrive à l'Elysée, il y aura une stabilité à l'Assemblée.
Pour autant, plusieurs responsables politiques appellent à instaurer la proportionnelle, à l'image du député Erwan Balanant (MoDem), qui a déposé la proposition de loi, accompagné de parlementaires macronistes, socialistes, écologistes et communiste.
Un modèle à l'allemande
Mais le dossier peine à avancer. D'après Erwan Balanant, les différents partisans de ce mode de scrutin "n'ont pas le même modèle".
"Moi, j’étais pour la proportionnelle intégrale départementale. Les écolos pour la proportionnelle intégrale régionale", a-t-il illustré. De son côté, le Rassemblement national prône une proportionnelle avec une prime majoritaire.
Le texte présenté propose, lui, un scrutin mixte. Concrètement, l'électeur vote deux fois: pour un député de circonscription, et pour un parti. Le premier vote fournit 60% des députés, selon un mode identique au système actuel. Les 40% restants, élus via le second vote, sont répartis de sorte à ce que la proportion en sièges de chaque parti soit fidèle à sa proportion en voix.
La proposition "s'inspire énormément du dispositif que connaissent nos amis allemands", suisses et néo-zélandais, a détaillé lors du colloque le macroniste Guillaume Gouffier Valente.
Une soixantaine de personnalités politiques, d'historiens et de politologues parmi lesquels François Hollande, Marc Fesneau, l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve ou encore la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier ont appelé en février dans La Tribune Dimanche à inscrire le texte "le plus rapidement possible au Parlement".
Mais le gouvernement garde le pied sur le frein. "C'est là un débat de présidentielle", a jugé sa porte-parole, Maud Bregeon: "Ce ne sera pas une proposition qui aboutira d'ici à l'élection" de 2027.

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