Franco-Tamoul, Vanujan Wigneswaran, étudiant engagé, veut donner une « place » aux siens dans la société française et honorer leur héritage. En cela, il se démarque dans sa communauté.

© MILUCSAN MAHESWARAN​​​​​​​

Vanujan Wigneswaran sait ce qu’il est : français, tamoul et banlieusard. Il sait aussi ce qu’il n’est pas : sri-lankais. « Ce pays a rejeté les miens, donc c’est difficile de m’en réclamer. » Cet étudiant en droit de 23 ans préfère dire qu’il vient de l’Eelam tamoul, nom donné à la partie tamilophone du Sri Lanka. Né de parents y ayant fui la guerre, Vanujan a grandi à La Courneuve (93) au sein d’une grande communauté tamoule.
« Je suis forcé de me présenter comme Tamoul sri-lankais car personne ne connait l’Eelam », regrette-t-il. D’où l’importance de faire connaître l’histoire de son peuple. La première fois que nous avons rencontré Vanujan, c’était à la Sorbonne en avril 2024. Son collectif Em Inam y organisait une conférence sur les droits bafoués des Tamouls. Dans l’audience, des compatriotes bien sûr mais aussi des étudiants d’origines diverses. De quoi donner une plus grande portée à la cause. 
« Vanu, c’est un propagandiste, » ricane Enis, son meilleur ami. « Il porte fièrement sa culture et il la partage beaucoup avec nous. » D’origine tunisienne, Enis dit avoir beaucoup appris, grâce à lui, d’une culture qu’il considère pourtant très différente de la sienne. « J’ai ajouté plein de chansons tamoules dans ma playlist ! »
Relayer
L’histoire des siens a marqué Vanujan dès l’enfance. Début 2009, son père l’emmenait aux manifestations place du Trocadéro pour demander un cessez-le-feu au Sri Lanka. Vanujan avait alors 8 ans : « Je chantais des slogans sans vraiment les comprendre ». Avant lui, Vithursan, son frère de sept ans son aîné, a également milité pour la cause, avant de lui tendre un relais auparavant transmis par un oncle ayant combattu avec les Tigres tamouls.
« Notre oncle nous disait que le destin des Tamouls était entre les mains des jeunes de la diaspora. »
Vanujan a bien conscience de cette responsabilité, et surtout du travail à faire pour les Tamouls de France qui ont, selon lui, un train de retard par rapport à leurs camarades au Royaume-Uni et au Canada. « À chaque Pongal [grande fête tamoule, ndlr.], ils célèbrent sur Downing Street et Justin Trudeau présente ses meilleurs vœux ! » Or, il estime que la nouvelle génération dont il est issu, la première née et ayant suivi une éducation en France, a davantage de clefs que la précédente pour « se faire une place ».
S’engager
Très tôt, Vanujan a développé une pensée politique, dans un milieu qui ne l’encourageait pas tant. La cause tamoule, on n’en parlait pas à l’école où il a appris sa langue maternelle. « Je me sentais seul à l’école tamoule avec mes opinions, donc je ne les montrais pas forcément. » Mais des années plus tard, ayant gagné en maturité et confiance en soi, Vanujan a décidé de concrétiser son engagement.
« Si ce n’est pas moi qui le fais, je ne sais pas qui le fera. »
Au point d’en faire toute une personnalité. « Vanu, c’est notre grand pote politique, » dit Enis. « Il se brosse les dents en écoutant la radio ! » Surtout, salue-t-il, Vanujan transforme sa pensée en action. Est-il militant ou activiste ? « Je ne me donne pas de qualificatifs, mais je ne suis pas activiste, dans le sens où je ne pense pas prendre de risques » répond-il. Souvent, ses parents le mettent en garde, de peur que son militantisme – le terme convient, il confirme – le rende persona non grata au Sri Lanka. Qu’ils se rassurent, Vanujan dit savoir trouver un équilibre et s’imposer des limites. 
Rassembler
L’an dernier, Vanujan a relancé l’association Em Inam, longtemps à l’arrêt, pour en faire un point de ralliement des jeunes Franco-Tamouls. Ses efforts, acharnés toujours, improvisés parfois, ont porté leurs fruits, triplant un nombre d’abonnés Instagram initialement à 600 et développant des ambitions de plus en plus grandes. 
« Avec la conférence à la Sorbonne, on a tapé fort. Je crois que c’était l’un des plus grands événements de ce genre dans la diaspora ces dernières années. » Vanujan voulait faire du nouveau. Pari réussi, pour son frère : « Em Inam n’a rien à envier aux autres grands collectifs tamouls qui sont là depuis des décennies. »
L’idée de Vanujan, c’est de « faire les choses proprement ». 
Une majorité des membres d’Em Inam ont ainsi fait des études en droit ou sciences humaines, ce qui, à son sens, leur permet d’adopter un logiciel audible pour un public extérieur.  
Devenir
Vanujan fait partie de ces quelques jeunes que l’on imaginerait devenir président de la République. « Il sait être quelqu’un et parler à tout le monde » affirme Enis. Mais celui-ci tempère : « Dans ce pays, quand on galère déjà à avoir des femmes au pouvoir, j’ai du mal à voir comment on accepterait un président tamoul. » Toujours est-il que Vanujan fait un vœu pieu de représentation pour, à son tour, être un modèle et servir les autres. 
Parce qu’il n’oublie pas les mains tendues. « Moi, je suis parti de zéro. Lui a eu la chance de reprendre mes bases, de voir où j’ai failli pour améliorer ces points » note Vithursan, tout en admettant le talent de son petit frère : « Il s’est inspiré de moi, mais aujourd’hui il fait mieux encore. » 
Combien de temps Vanujan poursuivra-t-il son engagement ? « Encore longtemps, » prévoit-il, « même si je ne me vois pas le faire à 60, 70 ans. Quoique, peut-être. »

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